Hello,
bon, alors il faut que je vous raconte: je reviens d'une "audition" pour participer à un club de théâtre shakespearien.
L'email disait no stress, venez avec un monologue préalablement mémorisé (tiré d'une pièce de ce cher William, ou autre); sinon, on vous fera lire un passage d'une pièce et on vous demandera d'improviser. Bref, la routine. Et apparemment, tout le monde aura un rôle, petit ou grand.
Fan de Tennessee Williams oblige - bien plus que de ce bon vieux Shakespeare, j'apprends le discours que fait Tom au début de The Glass Menagerie. Vu que cette pièce a eu un ENORME impact sur ma jeune et innocente petite vie quand je l'ai découverte il y a déjà 4 ans, je connaissais déjà la première phrase par coeur. Je n'ai pas eu grand mal à tout mémoriser et je suis parti, le coeur, l'esprit et le pas légers, direction le campus. La nuit est bien tombée et il fait un peu frais et même si le tambour de la Vie se fait un peu plus sentir dans ma poitrine, marmoner le monologue me rassure quelque peu.
Je trouve la pièce où des jeunes s'ébrouent déjà gaiement. Je prends une feuille que je dois remplir (prénom, email, scolarité, qualités particulières, expérience théâtrale, un mot pour vous décrire, seriez-vous prêt à jouer un personnage d'un sexe différent de votre sexe actuel, serez-vous prêt à mettre en scène...). En me levant, je reconnais Julia, la coloc étatsunienne d'une connaissance française et le stress disparait quelque peu, vu que je me suis trouvé quelqu'un que je connais. Eh oui, environnement inconnu, gens inconnus, je ne peux qu'être en mode observation et un tantinet stressé.
Les auditions commencent, les gens entrent un par un dans la salle de prestation, devant le jury; ça dure quelques 5 petites minutes, on entend crier, tomber, du théâtre quoi! Ca tambourine un peu plus en moi et quand j'entends "next", je me lance. Je rentre dans la salle, le jury est là, devant moi, 3 filles et 3 garçons. Ils me demandent mon prénom, et ensuite je leur dis que je suis Français; un des garçons s'écrie "oh that's great!" (je me dis, qu'est-ce que j'aime faire cet effet-là!). Je leur dis que j'ai préparé un passage non shakespearien, je me lance. Je suis nerveux, mes mots commencent à dérailler quelque peu et je bloque. Je leur dis que je ne peux plus, ils me disent que j'en ai déjà dis assez et tour à tour, ils me posent une question.
Peux-tu redire la première réplique? Je la redis. Peux-tu la refaire, en colère? Peux-tu la refaire comme si tu t'adressais à un public d'enfants de trois ans? Peux-tu la refaire en français? Peux-tu lire ce passage tiré de A Mid Summer Night's Dream?
Je m'exécute, je suis nerveux, je tremble, je lis mal (on lit toujours mal dans une langue étrangère quand on est stressé...) et tout s'arrête. Merci et tu recevras un mail et on se voit sûrement la semaine prochaine.
En gros, vous l'aurez compris, je n'ai pas brillé et je suis un peu déçu de ma prestation! Alors, pour me rassurer, je me dis que ça fait quelque temps que je n'ai pas joué, que c'est une des premières fois que je le fais en anglais...
Mais je me dis aussi que j'ai été très proactif sur ce coup-là, j'ai de mon propre chef décidé de passer cette "audition", de m'inscrire dans ce groupe. Alors si Bio (pardon, Activia) de Danone participe à mes défenses naturelles, faire ce que j'ai fait là participe à casser ma coquille de "jeune homme en déficit de confiance en soi". C'est un pas en avant: même si le résultat ne m'a guère convaincu, j'y suis allé, j'ai vu et j'ai à moitié vaincu, dirons-nous. Je sais que j'aurai pu briller mais je sais aussi que je suis sur la bonne voie, que tout ce stress, toutes ces confrontations me sont nécessaires et utiles. Je pense qu'on apprend dans la souffrance, c'est comme ça que j'ai toujours appris. Ma métamorphose, comme je l'aime à l'appeler désormais, a eu lieu parce qu'il y a eu un truc qui m'a fait mal à la base, mais des épines de la rose, il faut savoir s'immuniser. La Vie est une rose pleine d'épines et c'est grâce aux problèmes, grâce aux épines que l'on avance. Car les épreuves nous renvoient face à nous-mêmes, on se regarde et on se (re)découvre: on com-prend et on assimile.
Alos si je vis la Vie comme la quête de l'Etre, le théâtre m'a jusqu'à présent beaucoup aidé à ce niveau-là. Je me souviens m'être dit, aussi paradoxal que cela
puisse paraitre, que je suis vraiment moi que lorsque je suis sur scène. C'était il y a un peu plus de deux ans et je crois que ça devient de moins en moins vrai. Protéger par mon
personnage, j'ai cette illusion d'invincibilité contre ce regard qui se fait juge. Je peux faire tout et n'importe quoi, et il parait que je me débrouillais comme un chef! Shakespeare disait
"all the world's a stage and all the men and women merely players" (= le monde entier est un théâtre, et les hommes et les femmes de simples acteurs). Il a raison car on porte tous un
masque social; j'avais l'impression d'en avoir un plus épais que les autres. Mais le Temps (mon cher ami Chronos) et la maturité aidant, mon masque social s'affine de plus en plus, petit à petit,
je suis de plus en plus moi dans ce théâtre de Vie. L'effet s'inverse et je crois que lorsque j'aurai atteint mon but, si jamais je l'atteins, lorsque j'aurai découvert - au sens propre - mon
Etre, alors je ne jouerai plus dans la Vie. Je serai, tout simplement!
Hey,
I have to tell you - I'm just back from an audition to join a Shakespearian group.
In the email I got, they said not to worry and prepare a small monologue (from our dear friend William or someone else) otherwise we'd be asked to read something, and to do some improvisation. In
a word, the usual stuff. And apparently, everybody will get a part, minor or major.
As a big fan of Tennessee Williams, way more than Shakespeare, I memorized the monologue delivered by Tom at the opening of The Glass Menagerie. I already knew the first line by heart
since the play has had a HUGE impact on my young and pure little existence when I read it for the first time four years ago. It wasn't that hard to learn everything and off I went, light-hearted,
to the campus. It was already dark and quite fresh actually and even though the Life drum was speeding up in my chest, I relaxed by mumbing the monologue.
I found the room where some people were already shaking themselves. I filled in a form where I had to indicate my name, email, major, specific qualities, theatrical experience, one word to
describe myself, whether I'll be willing to be cast in the other gender or to direct a scene... As I stood up, I recognized Julia, the American roommate of a French acquaintance of mine, and I
got even more relaxed because I knew somebody. Yep, in an unknown environment surrounded by strangers, I'm in "observation mode" and not very relaxed...
The auditions began and one by one, people entered the room and faced the jury; the whole thing lasts about 5 minutes and the people waiting outside could hear shouts and falls, in a word, people
acting! My Life drum is really speeding up and on hearing "next", I went for it. I stepped inside the room with a 6-member jury, 3 boys and 3 girls. They ask for my name and then I told them I
was French; one of the boys went "oh great!" (and I think to myself how much I like making that kind of impression!) I told them I had prepared something not from Shakespeare, and took the
plunge. I'm nervous, my words get mixed up and after some time, a blank. I tell them I can't go further but they say that's quite enough and each of them asks me a question.
Can you say the first line again? I do it. Can you say it angrily? Can you say it as if you're in front of 3-year olds? Can you say it in French? Can you read this excerpt from A Midsummer
Night's Dream?
I'm nervous, trembling, my reading is bad (one always read quite badly in a foreign language, especially when under stress...), and then everything stops. Thank you, you'll be receiving an email
shortly and see you next week, most probably.
Basically, as you may have understood, I didn't shine and I'm slightly disappointed by my performance! so I find myself excuses: it's been a long time since I acted and it's one of my first in
English...
But I also think that I've been quite proactive because I decided to go to the audition and join the group, all by myself. What I did helps me break the shell of this "confidence-lacking young
man." That's a definite step forward: even though the outcome is not that great, I did go, I saw and partly overcame. I know I could have shone but I also know that I'm on the right track - being
under some stress, facing these situations are necessary and useful. I think that one learns through hardship, that's how I've learnt a lot. My metamorphosis, as I like calling it, did
happen because something hurt be hard core but one has to learn how to immunize oneself to the thorns of the rose. Life is a thorny rose and one goes forward thanks to the thorns, to the
problems in the sense that hardship makes one face oneself, and so one (re)discovers oneself; one comprehends, one assimilates.
So, if I see Life as the quest of the Being, acting has helped me a lot. I remember saying, however paradoxical, that I'm really myself on stage. I said that about two years ago and I think
it's getting less and less accurate. Because I'm protected by my character, I live under the illusion that I'm invincible in front of the judging gaze. I can do anything and people say
I'm really good at it! Shakespeare used to say "all the world's a stage and all the men and women merely players." He's right inasmuch as we all have a social mask; I had the impression mine
was thicker than the others'. But thanks to maturity and Time (my beloved Chronos), my mask is get thiner and I'm more and more myself in the Life theater. The whole thing is reversing and once I
have achieved my goal, if possible, once I have unveiled - in the literal sense of the word - my Being, I think I'll stop acting in Life. I'll simply be!






