Perdu chez Morphée, les pensées vagabondes, et mon téléphone vibre sur mon bureau. Il est neuf heures, il faut que je me lève car aujourd'hui, j'ai un rôle d'ambassadeur à tenir. Je saute du lit, complètement réveillé, je fais mes 60 pompes quotidiennes, je petit-déjeune et je me prépare. Le compte à rebours à commencer dans ma tête et le soleil qui perce la vitre de la cuisine de ses rayons éclatants répond au large sourire accroché à mes lèvres.
J'enfile mon jean et passe mon beau T-shirt EAP (Education Abroad Program), les pectoraux saillants (non, je blague, I still need to work
out...), une coupe dans le vent, un peu de gel pour faire des pics, effet mouillé et... débroussaillé je dirais! Rasage de près et un coup de pshit pour laisser derrière moi un brun
d'empreinte olfactive! Et me voilà prêt pour partir. Ma mission, si je l'accepte, est de convaincre les étudiants étatsuniens de partir faire des études à l'étranger et surtout en France!
Lost in Morpheus's realm, my thoughts wandering, I still can hear my phone vibrate on my desk. It's 9am and I have to get up because today, I'll be a French ambassador.
I jump out of my bed, wide awake, do my daily 60 push-ups, breakfast and get ready. The countdown has begun in my head and the sun, whose shining beams pierce through the kitchen window, answers
to the smile on my face.
I put on my jeans and slip into my beautiful EAP (Education Abroad Program) Tshirt, my bulging pecs (no, I'm kidding, I still need to work out...), a fancy haircut, a little bit of gel to make it
spiky with a wet and dishivelled effect! I shave closely and put a light touch of perfume just to leave some olfactory trace behind me! And I'm ready to go. My mission, shall I accept it, is to
convince American students to study abroad and especially in France!
Et d'un pas léger et assuré, les lunettes de soleil protégeant mes petits yeux du matin, je pars en direction du campus pour aider à la mise en place de cette EAP fair.
J'arrive dans la salle où quelques personnes s'affairent à mettre des ballons sur les tables, les drapeaux et les brochures de chaque pays concerné. A 10h45, tout est en place; je signe la feuille de présence et marque mon prénom sur un papier que je colle sur mon pectoral droit (nice work out, dude!) et je vais prendre place à la table française.
Deux autres françaises me rejoignent et alors que les aiguilles passent la onzième heure, les étudiants commencent à arriver, petit à petit.
Une des Françaises - une vraie pomme à l'eau - s'est comportée de façon très impolie avec un des organisateurs et je ne me suis pas gêné pour lui dire. Elle est finalement partie... tant mieux, pas de bonnes ondes avec elle et elle prenait tout le monde de haut. Avec l'autre, on s'est bien entendus et notre collaboration a bien marché.
Alors j'étais tout content d'être là, c'est un truc que j'adore faire, celui de renseigner les gens et de leur parler de la France et de la culture française et de l'importance de partir une fois à l'étranger. J'étais tout excité et vraiment content de faire ça, vraiment.
Mais j'ai été un peu déçu parce qu'il n'y avait pas grand monde. Ca ne m'a pas empêché de taper la discussion avec plusieurs personnes, mais j'avais dans l'idée que ça allait être énorme. Et finalement, les rangs étaient parsemés; il n'y a pas eu de grosse agitation. Il y a deux raisons qui peuvent expliquer cet état de fait: soit l'événement n'a pas eu beaucoup de publicité (ce serait assez surprenant, croyez-moi), soit les Etatsuniens ne sont pas plus intéressés que ça de faire un séjour à l'étranger.
Et savez-vous quelle est la première question que tous les étudiants ont posé (pas un seul échappe à la règle)? Faut-il parler français pour étudier en France? Alors ma réponse était 'oui, bien sûr' mais je leur disais qu'il y avait aussi un programme qui ne demandait pas de connaissance préalable du français: étudier à l'université américaine de Paris ou au centre des universités de Californie, lui aussi à Paris. Sinon, je leur disais, si vous voulez "the real thing", il faut avoir un minimum de connaissance en français pour aller étudier dans une université partenaire. Si t'es en première ou deuxième année, il suffit de prendre des cours dès maintenant et au moment de candidater, tu auras tous les prérequis.
Ils avaient tous cette envie de France, cette envie de Paris. Car on le sait tous, la France c'est Paris et Paris c'est la France. C'est assez moche d'avoir simplement cette idée en tête mais bon... Tout ça n'a fait que confirmer l'idée que les Anglo-Saxons s'attendent à ce que le monde entier parle anglais et que la langue anglaise devrait être un passeport international. Ils veulent Paris mais dans une université étatsunienne...
C'est ce que je retire de cette expérience, que je referai encore et encore parce que j'aime renseigner les gens, parce que j'aime ce dialogue avec l'Autre. Parce que j'aime mon pays et j'ai envie que les gens s'y intéressent. J'ai envie de leur enlever cette idée figée de la tête, cette équation si simple que je viens de citer (Paris = France). Les Anglo-Saxons ont besoin d'ouverture, je crois, je n'ai pas l'impression qu'ils se rendent compte de l'importance et du "bénéfice" d'un séjour un l'étranger.
Etudier une langue étrangère, c'est étudier une autre culture et essayer de pénétrer un autre système de pensée. Etudier une langue étrangère, c'est apprendre comment son corps fonctionne car on doit faire travailler sa bouche d'une tout autre façon. Etudier une langue étrangère, c'est essayer de retourner en enfance où tout individu pouvait prononcer tous les sons du monde et où il était intuitif d'assimiler une autre langue. Etudier une langue étrangère, c'est avoir un accès direct à ce que l'on cherche, sans passer par la traduction, processus de transformation et d'adaptation qui a ses limites et ses défauts, vu la richesse humaine contenue dans le langage. Etudier une langue étrangère, c'est découvrir que l'on peut avoir des orgasmes linguistiques. Partir à l'étranger, c'est découvrir l'Autre autant que se découvrir soi-même, c'est vivre une expérience hors du commun qui a peu de chance de se reproduire plus tard. On apprend à tous les niveaux et on en sort grandi, plus mûr et plus fort.
C'est de tout ça que les Anglo-Saxons passent à côté. Et s'ils choisissent d'aller en Australie ou au Royaume-Uni, ce n'est qu'un demi pas en avant qu'ils font, car même si les deux langues ont leurs particularités, elles restent fondamentalement les mêmes. Il y a cette bulle anglo-saxonne qui se crée; notre bulle francophone se construit dans une attitude de défense mais au moins, il semblerait que les Français et les Européens s'ouvrent plus - peut-être par contrainte et nécessité - que les Anglo-Saxons.
Oh, mais je les aime bien quand même! Après tout, c'est eux qui me donnent des orgasmes linguistiques...
And off I go, lightly but self-assured, with my shades on protecting my morning eyes, heading for campus to help set up this EAP fair.
When I arrive in the spacious room, people are already up and about putting balloons, flags and brochures of every country represented. Everything's ready at 10.45, I sign the presence sheet, get
a name tag that I put on my right pec (nice work out, dude!) and have a sit at the French table.
Two other French girls come to help me out, and as the big hand of the clock is beginning its eleventh round, students are slowly arriving.
One of the French girls - a jerk, to put it mildly - was really rude with one of the organizers and I made no bones about telling her off. She eventually left. That was for the best coz
I really didn't get good vibes from her and she was looking down on everybody! With the other one, we got along fine and our collaboration was a success.
So, I was really happy to be there, it's something that I really enjoy doing, i.e. giving information to people and telling them about France and the French culture and how important it is
to study abroad at least once. I was really excited and glad to be there, really!
But I was a bit disappointed because there weren't many people. That didn't prevent me from chatting with people but I imagined it to be a really big thing, you know. And what we got
was slightly disappointing - there was no bustle. Two reasons can account for that: either the event didn't get publicized enough (that'd be surprising, believe me), either American students
aren't that interested in studying abroad.
And do you know what question I was asked by every student - and there is no exception? Do you have to speak French to study in France? So, my answer was "of course" but I also told them
about the American University in Paris or the EAP center in Paris. But I did emphasize the fact that if they wanted the real thing, it is necessary to have a minimum of
knowledge of the French language to study in an associated university. If you're in first or second year, you just need to start taking French classes now and when it's time to
apply, you'll be ready and have all the prerequisites.
They all craved France, they all craved Paris because, as we know, France = Paris and Paris = France. That's sad to say but that's how it is in many foreign minds... The whole thing
just confirmed the idea that Anglosaxons in general expect that the world to be speak English and that English should be the international passport. They want Paris but in an
American university...
That's what I learnt from this experience, that I shall do over and over again just because I like doing it, I enjoy this dialogue with the Other. Because I like my country and I want people to
get interested in it. I want to rub off this idea they have engraved in their mind (France = Paris). I do think that Anglosaxons need to open up a little, I feel that they don't realize how
important and "beneficial" studying abroad can be.
Learning a foreign language is learning another culture and attempting to enter a new system of thought. Learning a foreign language is learning how one's body functions because one has to make
one's mouth work in another way. Learning a foreign language is a leap back into childhood where any baby could pronounce any sound in the world and was able to assimilate a language intuitively.
Learning a foreign language is having a direct access to what one is looking for, without translation, a transformation and adaptation process with assets and flaws, given the human wealth
contained in language. Learning a foreign language is discovering one can experience linguistic orgasms. Going abroad is discovering the Other as much as oneself, it's living out an awesome
experience that may only happen just once in a lifetime. One learns on every level and ends up grown up, more mature and stronger.
Anglosaxons are missing this out. And should they decide to go to Australia or the UK, it's just half a step forward for, despite their specificities, the languages remain quite the same. There's
an Anglosaxon bubble that's creating; our Francophone bubble is building up in a defensive way but it seems that the French and the Europeans in general open up more - maybe because they have to
- than Anglosaxons.
Oh, I do love them anyway! After all, they are the ones who give me linguistic orgasms...








