Je reviens d'une avant-première d'un film d'horreur intitulé Turistas. Il sort aux EU le 1er décembre et est interdit aux moins de 17 ans (R rated).
3 jeunes étatsuniens viennent passer leurs premières vacances au Brésil. Alors que le chauffeur de bus les conduits sur leur lieu de destination, il perd le contrôle du véhicule [ça m'a rappelé les chauffeurs maltais...] et, avant de tomber dans un ravin, tout le monde réussit à sortir à temps. Le frère, la soeur et sa meilleure amie font la connaissance de deux anglais venus pour la chaleur (des filles) du Brésil et une australienne (je crois) qui est la seule à parler portugais.
Ils finissent par découvrir une plage paradisiaque avec alcool, filles, musique et tout le tralala. Ils sympathisent avec deux suédois et un brésilien. Les lendemains de fête étant toujours difficiles, ils se rendent compte qu'ils ont été dépouillés de toutes leurs affaires. Méli-mêlo et quasi bagarre dans le village où ils se mettent à dos les villageois jusqu'à ce que Kiko le brésilien les prend en charge et les fait traverser la forêt pour les conduire dans la maison de son oncle. On comprend bien évidemment que c'est un piège depuis le début et qu'il va leur arriver malheur, Brésil et trafic d'organes obligent. Ca ne manque pas car après un peu de suspens dans une maison guère accueillante, l'oncle - un doctor vraiment pas gentil - débarque avec ses hommes de main, dont un indigène. Il va récupérer les organes de la meilleure amie, sous les yeux d'un des anglais... Je vous préviens, c'est très visuel comme film... Les autres, enfermés, tentent de se libérer, d'aller libérer les autres; course-poursuite et vas-y que je te fais mal, que je te tire dessus et patati et patata... Tout le monde meurt sauf - et on le devine depuis le début - le frère et la soeur (car représentant la cellule familiale) et la fille lusophone. Ils s'échappent mais les ennuis continuent jusqu'à ce qu'ils finissent par sortir de cette aventure, après un jeu mortel dans les grottes sous-marines, là où précédemment ils s'étaient bien amusés. Ils sont recueillis par une famille brésilienne, bien gentille cette fois, à la fin. Ils prennent l'avion et conseillent à de futurs touristes (anglais ou australiens, vu l'accent) de bel et bien prendre l'avion et non le bus, sous-entendant qu'il est préférable de ne pas sortir des sentiers battus.
Bon, c'est Halloween, c'est gore, y'a du sang et du frisson, du suspens et tout ça. J'ai pas été transcendé, d'autant que psychologiquement, il y a des trucs qui ne fonctionnent pas vraiment dans ce film.
Malgré tout, sociologiquement, il est très intéressant. Il y a vraiment matière à discussion. Voici ce que j'en dis, ça vaut ce que ça vaut.
Tout d'abord, la construction de l'Autre vaut son pesant de cacahuètes. On joue bien sûr avec les clichés du Brésil, connu pour sa chaleur, ses plages, ses filles, et l'on associe l'exotisme avec la fête et l'alcool (et le sexe). La pauvreté du pays est aussi bien présente et l'on peut tuer quelqu'un dans la rue, comme ça, sans que cela ne suscite une quelconque réaction. Le trafic d'organes est malheureusement une triste réalité, dont le film se fait témoin. Mais l'Autre implique l'inconnu et la peur et réveille les instincts les plus primaires. C'est ainsi que sous l'image-cliché de carte postale, qui sert finalement de piège, se cache l'inhospitalité. Il semblerait qu'à la fin, on nous donne une autre image du Brésil, celle où les habitants ne sont pas assoiffés de sang mais où l'entreaide existe. Ce point positif, lorsque les trois survivants sont aidés par une famille, est écornée par le fait que le père, prévenu par des enfants (il est d'ailleurs intéressant de noter le poids de l'enfant dans ce film, comme s'ils étaient l'âme du Brésil en quelque sorte), accourt... une machette à la main. Et même s'il se rétracte voyant qu'il n'y a pas de problème, l'accent a été mis sur la peur. C'est donc un clash des civilisations qui s'est joué sur grand écran. Du coup, on sort de la salle et on n'a vraiment pas envie de mettre les pieds au Brésil! C'est d'ailleurs le message du film: certes, vous pouvez tenter l'exotisme mais restez vigilant et ne vous égarez pas... Comme si la promotion était celle d'un tourisme de masse de base. A un moment, Alex commande un coca et celle qui parle portugais lui dit d'expérimenter et de prendre quelque chose de local, il se rétracte. On a donc cette vision du touriste de base, qui reste dans le connu. Je pense que l'on peut découvrir un pays, une autre culture par d'autres moyens. Certes, il faut faire attention, plannifier et se faire aider de gens qui s'y connaissent.
Concernant l'Autre, il est notable de faire tuer - et ce, de manière assez gore - les deux suédois d'abord. Les Anglais meurent aussi car après tout, ils sont construits comme de simples amateurs de chair et si le spectateur n'a pas d'antipathie particulière pour eux, je ne pense pas qu'il les place en haute estime, car ce ne sont que deux rigolos, qui font quelques bêtises et l'étatsunien ne se gêne pas pour le leur faire remarquer.
La barrière de la langue est aussi importante et elle augmente la peur qui peut s'emparer des personnages lors des moments de grande confusion ou de suspens difficile à tenir. Et le film ne sous-titre que certains passages, ce qui fait que nous spectateurs, nous nous retrouvons un peu à la place des protagonistes car on aimerait comprendre TOUT ce qui se dit alentour, mais on n'en a pas les moyens. Et si ceux qui ne parlent pas portugais essaient de faire des efforts pour communiquer, l'image n'est guère positive, c'est du moins l'impression que j'en ai eu. Le titre est, par conséquent, tout à fait intéressant vu qu'il s'agit du mot portugais. Sur ce coup-là, la traduction française (aussi transparente en anglais qu'en français) serait mal à propos.
Ensuite, on retrouve, comme dans tout "bon" film d'ado étatsunien, le cocktail fête/alcool/sexe. Et ce n'est pas le tiercé gagnant car ce sont trois notions qui sont les causes du problème. Ces trois notions sont indissociables et fonctionnent ensemble. La fête du début est très sexualisée - et le cliché de la femme brésilienne, femme facile qui embrasse et couche tout de suite, ne fait qu'augmenter la chose - et très alcoolisée. On boit et on baise (d'ailleurs, l'anglais qui couche avec la brésilienne qui lui fait du gringue se retrouve dans une mauvaise posture quand, dans la scène post-coïtale, où, au passage, il y a eu utilisation du préservatif (youpi, un point positif... il était pas si insouciant que ça!), la jeune femme se lève et va se payer dans son porte-monnaie. Il a beau dire que ce n'était pas comme ça qu'il voyait la chose (et il demande d'ailleurs à la fille, "tu m'aimes bien, non?" et elle lui répond... non!), elle prend l'argent et s'en va. Si tout ça fait partie du traquenard, elle prend une partie du butin, mais il n'en reste pas moins que la brésilienne est donc cantonnée à son rôle de prostituée. Plus généralement, on en reste avec l'image de la femme qui ne parvient à ses fins qu'en utilisant le sexe. L'homme est assez faible et stupide pour se laisser prendre (sans jeu de mot), c'est pour ça que je disais que c'est en fait la femme qui a le pouvoir: l'homme est faible car il réagit sexuellement au quart de tour (vu qu'il a un pénis).
La critique étatsunienne est très superficielle et se trouve dans la bouche du docteur qui crache sur les Gringos alors même qu'il est en train d'enlever les organes de la fille. Il est d'une impassibilité déconcertante. Ca s'arrête là... mais en tant que méchant, il est un peu bête parce qu'il finit par se faire tuer par l'indien qui lui sert d'homme de main. Dans la confrontation finale où l'indien tient les 3 jeunes en joue et que le docteur, assommé par Alex, est étendu sur le sol, il y a un échange entre le docteur qui demande à ce que l'indien les tue et la fille qui parle portugais qui lui dit de ne pas le faire et de se rebeller contre un homme qui le tient en esclavage. Evidemment, le docteur le traite de lâche et il finit par se faire achever! Alors oui, il est dit en gros que l'étatsunien - l'occidental en général - se comporte comme en terrain conquis lorsqu'il n'est pas chez lui, qu'il n'a pas de volonté d'intégration...
Donc voilà, en gros, c'est pas un film qui va faire de la bonne pub pour le Brésil, loin de là. L'Autre est socialement construit comme différent et donc comme suscitant la peur. Et c'est pas top, même si c'est intéressant.
Voilà donc la toute première critique de ce film. Vu qu'il n'est pas encore sorti - même pas ici -, c'est votre première source d'informations. Si l'envie vous en prend d'aller le voir, je serai heureux d'avoir votre avis sur la chose.
Sur ce, à la prochaine.
PS: un petit lapsus freudien de mon coloc' qui vaut son pesant de cacahuètes. Au lieu de dire "trafic d'organes", il a dit "trafic d'orgasmes"
I'm just back from the premiere of a scary movie entitled Turistas. It'll be out here on December 1 and is R-rated.
Three young Americans go to Brazil for their vacation. On their way to their destination, the bus driver loses control of the vehicle [that reminded me of the Maltese drivers...] but everybody
manages to get out just before it slips into a gully. The siblings and the sister's best friend get acquainted with two Englishmen who came for the warmth of Brazil('s girls) and an Australian
girl (I think) who is the only one who can speak Portuguese.
They end up finding a heavenly beach with booze, girls, music and everything. They befriend two Swedes and a Brazilian. As any morning after, they realize they've been robbed. A big mess and a
fight almost happen between them and the inhabitants of the village but Kiko, the Brazilian guy, decides to take care of them and help them go through the forest to reach his uncle's house. You
do realize from the beginning that it's a trap and that something bad is going to happen to them; after all, Brazil is known for its organ trafficking. That's exactly what happens: after some
suspense in a not so welcoming house, the uncle - a really mean doctor - shows up with his henchmen, one of them being a native. He is to collect the best friend's organs under the very eyes of
one of the Englishmen... I'm warning you, it's quite a graphic movie! The others are locked up somewhere and try to free themselves and release the others; then there's a chase, people get
wounded, people shot, and so on and so forth... Everybody dies except - that was easy to guess from the beginning - the siblings (as the epitome of the family) and the Portuguese-speaking
girl. They escape but trouble is still after them until this adventure ends, after a deadly game in the submarine caves where they had fun earlier on in the movie. They are in the end taken in by
a Brazilian family, a very nice one this time. They fly back home and advise English or Australian tourists (judging by their accent) to take the plane and not the bus, implying that it's better
not to wander off the beaten track.
It's Halloween, it's gory, bloody, chilly and full of suspense. I wasn't thrilled by the film all the more so because there are a few things that do not work well on the psychological level.
And yet, this is a very interesting movie on a sociological level. It gives you food for thought. Here's what I think, take it for what it's worth...
First of all, the construction of the Other is quite amazing. Of course, they play on the Brazilian clichés: heat, beaches, girls and exoticism is associated with parties and alcohol
(and sex). The poverty of the country is also depicted and you can kill anyone in the street just like that, without getting any reaction. Organ trafficking is unfortunately a fact and the film
displays it. But the Other implies the unknown and fear, and awakens the most primary instincts - that's how you get inhospitabilty behind the glossy cliché picture, used as a trap. At the end,
it'd seem that you're given another picture of Brazil where people are not bloodthirsty but help one another. This positive point, where the three survivors are helped by a family, is actually
slightly damaged by the fact that the father, informed by a child (it's interesting to nothing the weight of children in this movie, as though they were the heart of Brazil...), runs up...
holding a machete. And even though he comes around when he sees that there's no problem at all, the emphasis was laid on fear. That's a clash between civilizations that you watch on the big
screen. As a result, when you come out from the movie theater, you really don't feel like going to Brazil! That's basically the message of the film: you may want to be exotic, but beware and
don't lose your way... I felt as if it were promoting basic mass tourism. At one point in the movie, Alex orders a coke but the Portuguese-speaking girl tells him to go for something local, he
turns the suggestion down. We're therefore given this picture of the basic tourist who remains in what he knows. I think you can discover another country, another culture in different ways.
Of course, you have to be careful, plan ahead and get help from people who know stuff.
Concerning the Other, it's interesting to note that the first to be killed, and in a quite gory way, are the two Swedes. The Englishmen get killed too because after all, they've been constructed
as pure lovers of the flesh and despite the lack of antipathy the viewer can feel towards them, I don't think they rank them in high esteem inasmuch as they're basically two frauds who keep
misbehaving and the American makes no bones about telling them!
The language barrier is also important and hightens the fear that can get hold of the characters when everything is getting confusing or when the suspense is quite high. And because the subtitles
only concern a few passages, the viewer is put in the same place as the protagonists - we'd like to understand EVERYTHING that's being said but we can't. And if those unable to speak Portuguese
make efforts, the image isn't entirely positive, at least that's the impression I got. The title is therefore interesting since it is the Portuguese word that has been retained. The French or
English translation - quite transparent - would be totally inappropriate.
As in any "good" American teen movie, you'll find the mix party/alcohol/sex. And these are not the three winners because these are the ingredients that triggered the problems. They cannot be
dissociated and work as one together. The party at the beginning is very much sexualized - and the cliché of the Brazilian woman, depicted as a loose woman kissing everybody and sleeping
straightaway, just increases the whole thing - and full of alcohol. They booze and bang; incidentally, the Brit who sleeps with the girl who flirted with him finds himself in a bad situation
when, in the post-coitus scene (where we learn that he did put a condom - great, one good thing, he wasn't that careless!), the girl takes some money from his wallet. No matter how many times he
says that wasn't the way he saw the thing (he asks the girl, "you like me, don't you?" and she says... "no"), she takes the cash and goes away. If that's part of the trap, she takes her share but
the Brazilian girl is nothing but a prostitute. On a more general level, you get the idea that women in this movie use sex to get what they want. And men are weak and stupid enough to get caught
(no pun intended), that's why I said that women are the ones who have power - men are weak because they immediately react on a sexual level (due to the penis!).
The critique about the US is quite superficial and is uttered by the doctor who criticizes the Gringos as he is collecting the girl's organs. It's disconcerting how impassive he remains. That's
it... but as the bad guy, he's a bit dumb and ends up being killed by the native, his henchman. In the final strand, the native keeps his gun trained on the three protagonists while the doctor,
knocked out by Alex, lies on the ground. There's an exchange between the doctor, asking the native to kill them, and the Portuguese-speaking girl, urging him not to and rebel instead against
someone who has enslaved him. Of course, the doctor says he's a coward and ends up killed. So basically, he says that Americans - people from the West in general - behave all high and mighty when
abroad, never willing to integrate...
So, basically, this film is NOT good publicity for Brazil, far from it! The Other is sociall constructed as different, therefore creating fear. And that's not a good thing, even though it's
interesting!
This is was the very first critique of this film. This is your first source of information as it has not yet been released, not even on this side of the Atlantic. If you feel like watching it,
I'll be glad to hear what you have to say about it.
See you next time.
Bande-annonce:
Trailer:






